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Construire une feuille de route biodiversité : méthodes, priorités et retours d’expérience
Ressources critiques, stress hydrique, risques réglementaires, controverses, accès au financement : la dégradation des écosystèmes touche désormais au cœur même de la continuité d’activité et de la performance durable des entreprises.
C’est précisément ce que révèle le dernier Sustainability Team Talk de Needl, qui propose une lecture claire, opérationnelle et nuancée de ces enjeux : comment identifier les risques biodiversité ? Comment les relier à la chaîne de valeur ? Quels outils, quelles données et quelles méthodes utiliser ? Et surtout, par où commencer pour bâtir une véritable feuille de route biodiversité ?
Ce webinar a apporté des réponses concrètes, éclairées par l’expérience de terrain et les dernières avancées méthodologiques.
La dégradation des écosystèmes n’est plus seulement un enjeu environnemental général. Elle se traduit directement par des risques pour les modèles d’affaires :
Risques physiques
Raréfaction ou instabilité de l’accès aux ressources (bois, eau, fibres, matières premières agricoles, ressources halieutiques, minerais, etc.).
Effets d’événements climatiques et écologiques (incendies, sécheresses, maladies, espèces exotiques envahissantes) sur les approvisionnements.
Risques réglementaires
Contraintes liées à la protection des espèces et des habitats.
Projets immobiliers, industriels ou d’infrastructures retardés, contestés ou bloqués pour non-respect du droit environnemental.
Risques financiers et assurantiels
Accès conditionné à certains financements intégrant des critères “nature” et biodiversité.
Activités considérées comme trop risquées et devenant difficilement assurables.
Risques réputationnels et controverses
Exposition croissante aux accusations de greenwashing liées à la biodiversité.
Sensibilité accrue des investisseurs, ONG, médias et riverains aux impacts sur les écosystèmes.
La biodiversité se positionne ainsi au croisement de la continuité d’activité, de l’accès au capital et de la licence d’opérer.
Un axe central du webinar porte sur les services écosystémiques et les dépendances associées. Les écosystèmes fournissent en effet trois grandes catégories de services :
Services d’approvisionnement
Ressources directement prélevées : bois, fibres, produits agricoles, poissons, eau, etc.Services de régulation
Pollinisation
Régulation des cycles de l’eau, de l’azote, du carbone
Régulation du climat, protection contre l’érosion, les inondations, etc.
Services culturels
Valeur des paysages, tourisme, loisirs de nature
Bien-être physique et mental, attractivité des territoires, qualité du cadre de vie.
Lorsque l’activité économique dépend fortement d’un de ces services, toute dégradation de l’écosystème support devient un facteur de risque.
Plusieurs exemples :
Usines très consommatrices d’eau situées en zones de stress hydrique : risques de restrictions, de tensions locales, de conflit d’usage.
Activités touristiques dépendantes d’un littoral ou de paysages préservés : pollution, dégradation des milieux, perte d’attractivité.
L’analyse des dépendances constitue donc une première étape structurante pour toute direction RSE souhaitant intégrer la biodiversité dans la gestion des risques.
1° approche : géographique et territoriale
Cette approche, en cohérence avec les cadres méthodologiques récents (notamment TNFD et son approche LEAP), consiste à :
Localiser toutes les activités : sites industriels, bureaux, plateformes logistiques, carrières, parcs éoliens, etc.
Croiser ces localisations avec des données environnementales :
zones protégées ou à enjeu écologique ;
stress hydrique, risques climatiques, risques d’incendies ;
données de présence d’espèces protégées ou de corridors écologiques.
Des outils comme le WWF Biodiversity & Water Risk Filter permettent d’uploader un fichier contenant les coordonnées GPS des sites puis d’obtenir une cartographie standardisée des risques biodiversité et eau à l’échelle globale.
Cette approche sert à :
identifier des “hotspots” de risques (réglementaires, physiques, d’image) ;
prioriser les territoires pour des actions de réduction d’impact ou de renaturation ;
orienter les décisions d’implantation et d’investissement.
2° approche : chaîne de valeur et double matérialité
La deuxième approche consiste à analyser finement la chaîne de valeur :
Amont
Fournisseurs, matières, sourcing géographique.
Opérations directes
Sites de production, bureaux, logistique, entrepôts.
Aval
Usages des produits, impacts associés, fin de vie, déchets, recyclage.
Sur cette base, deux dimensions sont étudiées :
Les dépendances :
Ressources substituables ou non ?
Possibilités de diversification géographique ou de changement de matière ?
Niveau de criticité en cas de rupture.
Les pressions exercées sur la biodiversité, en s’appuyant sur les cinq drivers identifiés par l’IPBES :
Destruction et fragmentation des habitats
Surexploitation des ressources biologiques
Changement climatique
Pollutions (air, eau, sols, bruit, dérangements)
Espèces exotiques envahissantes
Cette grille permet de “découper” un sujet perçu comme trop complexe en un diagnostic structuré par maillon et par type de pression.
Plusieurs niveaux d’évaluation des risques coexistent :
Analyses macro-économiques
Études globales estimant la part du PIB exposée à l’érosion de la biodiversité, ou l’exposition d’un portefeuille d’entreprises aux risques nature.Approches “Nature Value at Risk”
Tentatives de chiffrage du capital naturel à risque pour un secteur ou une entreprise, pour rendre plus lisibles les enjeux financiers liés à la dégradation des écosystèmes.Outils de scoring biodiversité
Par exemple le Global Biodiversity Score (GBS), basé notamment sur des indicateurs comme la Mean Species Abundance (MSA) et des modèles scientifiques (Globio).
Ces outils reposent toutefois souvent sur :des moyennes sectorielles,
des proxys liés à l’usage des sols,
et un manque de données de terrain exhaustives.
Conclusion partagée : la quantification reste imparfaite et en évolution, mais elle permet déjà de donner des ordres de grandeur, de comparer des scénarios et de nourrir le dialogue stratégique. En parallèle, les diagnostics qualitatifs restent indispensables.
À partir du diagnostic, la construction d’une stratégie biodiversité peut être structurée en trois grandes étapes :
Diagnostic approfondi
Cartographie de la chaîne de valeur et des sites.
Analyse des dépendances aux services écosystémiques.
Analyse des pressions exercées selon la grille IPBES.
Identification des enjeux prioritaires et des zones/activités les plus sensibles.
Définition du plan d’actions et de la feuille de route
Hiérarchisation des actions selon la logique : éviter, réduire, restaurer/régénérer.
Déploiement d’initiatives de renaturation ou de gestion écologique (zones humides, espaces verts, bassins, continuités écologiques, etc.).
Intégration de la biodiversité dans les décisions sourcing, design produit, immobilier, gestion d’infrastructures.
Acculturation, gouvernance et suivi
Ateliers, formations, dispositifs de sensibilisation pour dirigeants, fonctions support et métiers.
Mise en place d’indicateurs (souvent d’abord qualitatifs), de revues régulières, et d’une gouvernance dédiée.
Intégration progressive des risques biodiversité dans les processus internes (investissements, achats, innovation, gestion des sites).
Le webinar a mis en lumière une situation fréquente : de nombreuses entreprises se déclarent “au point zéro” sur la biodiversité, tout en ayant conscience de l’importance croissante du sujet.
Les constats majeurs :
Besoin massif de pédagogie
Comprendre ce qu’est la biodiversité au-delà de la seule dimension climatique.
Faire le lien entre ressources, territoires, controverses locales et modèles d’affaires.
Nécessité d’une vision de long terme
Passer d’un pilotage très court terme à une réflexion sur la robustesse des modèles à 10–20 ans.
Intégrer les projections de disponibilité des ressources (eau, matériaux, biomasse…) et de durcissement réglementaire.
La biodiversité devient ainsi à la fois un sujet de gestion de risques et un vecteur de projet d’entreprise.
Comment faire de la biodiversité un levier positif plutôt qu’une contrainte supplémentaire :
Engagement des collaborateurs
Projets de renaturation de sites, aménagement d’espaces verts, création d’îlots de nature.
Amélioration du bien-être au travail et du lien au vivant.
Renforcement du sens donné au projet d’entreprise.
Différenciation concurrentielle et accès au financement
Avantage dans certains appels d’offres intégrant des critères forts sur la biodiversité.
Attractivité accrue vis-à-vis des investisseurs et financeurs intégrant les risques “nature” dans leurs analyses.
Ce webinar s’inscrit dans la série des Sustainability Team Talks portée par Needl, qui a pour objectif de mettre en lumière des experts indépendants en Sustainability déjà aux commandes de plans de transition au sein d’entreprises et d’organisations.
Needl est une plateforme qui :
fédère un réseau de plus de 700 freelances spécialisés en Sustainability (biodiversité, climat, décarbonation, eau, économie circulaire, reporting, etc.) ;
préqualifie les profils et assure l’adéquation entre besoins des entreprises et compétences des intervenants ;
joue un rôle de tiers indépendant de confiance sur toute la durée des missions (sourcing, cadrage, suivi).
Les démarches biodiversité présentées lors de ce Sustainability Team Talk illustrent le type d’accompagnements qui peuvent être mis en œuvre :
du diagnostic de risques à la construction de feuilles de route, en passant par l’acculturation des équipes et la mise en œuvre de projets de renaturation ou de transformation des chaînes de valeur.
